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Groupement Forestier : Quel impact du coronavirus en 2020 ?

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La pandémie liée au Covid-19 que connaît actuellement la France met à l'arrêt de très nombreux secteurs d'activités, ou en ralentit nécessairement la croissance.

Le monde de la sylviculture n'est pas épargné. Bien qu'au travers d'un GFF (Groupement Foncier Forestier) la propriété foncière soit nettement distinguée de l'exploitation des terres, il est légitime de la part des associés de s'interroger sur l'expérience que vivent aujourd'hui de nombreuses sociétés.

Afin d'apporter à nos clients une réponse de qualité, nous sommes allés au-devant de deux sociétés de gestion avec lesquelles nous travaillons, afin de recueillir leur sentiment dans cette période tout à fait atypique.

 

Monsieur Arnaud Filhol, co-fondateur de la société de gestion France Valley, a eu l'amabilité de bien vouloir répondre à nos questions, tout comme Monsieur Benoît GUEGUEN, analyste au sein de la société de gestion Vatel Capital.
 

Quel est l'impact du Covid-19 sur le marché du bois et de la forêt ?

M. Arnaud Filhol (France Valley) :

Il faut être prudent dans ce que l’on avance, car on ne sait pas encore combien de temps va durer cette crise et quelle sera sa profondeur. Ceci étant dit, pour vous répondre il faut distinguer deux éléments sur lesquels elle peut avoir un impact. Le premier élément, c’est le rendement que peuvent générer les forêts, sachant qu’il y a toujours en matière forestière un objectif de rendement assez faible. Pour mémoire l’objectif de France Valley est de servir un rendement de l’ordre de +1% par an : et quand je dis « moyen », j’entends qu’il faut l’apprécier sur une période de 10 années, au cours desquelles il est forcément irrégulier. Le deuxième élément, c’est la valorisation des actifs, à long terme là encore puisqu’on parle surtout d’un produit de capitalisation.

"On pense que l'impact du Coronavirus sera assez modéré"

S’agissant du rendement on pense que l’impact du Coronavirus sera assez modéré pour deux raisons. D’une part, aujourd’hui les plus grosses forêts productrices de nos groupements vendent leur bois dans le cadre de contrats d’approvisionnement. Ces contrats prévoient des volumes sur une période de 2, 3 à 5 ans, et déterminent un prix qui évolue en fonction d’un indice national par essence, ou parfois d’un indice local lorsqu’on a des références locales de vente de bois. Cela veut dire que dans le cadre de ces contrats, on est certains de réaliser ces volumes prévus de vente : peut-être pas sur l’année en cours, car encore une fois on ne raisonne pas sur 1 ou 2 ans, mais sur la durée du contrat cela sera fait. Par ailleurs, quand on parle d’indice (un indice national donc, la plupart du temps), on doit noter qu’il absorbe les hausses et les baisses de la valeur du bois en fonction des événements, et ça aussi on va pouvoir le lisser sur la durée du contrat de bois, et donc absorber d’éventuelles baisses de prix.

Ces baisses de prix pourraient venir du fait que la demande pour le bois baisserait, et en l’occurrence de manière ponctuelle c’est le cas puisqu’un certain nombre de ventes ont été décalées. La Chine par exemple, qui est un importateur important de bois, a beaucoup diminué ses demandes depuis le début de l’année. Ceci dit, ça repart déjà, et on voit des ventes se solder de nouveau aujourd’hui, à des prix qui plus est normaux, voire assez élevés. On pense qu’il est donc question d’un décalage sur le marché des ventes, et non pas d’une perte.

"Il y aura sans doute un décalage des transactions entre 2020 et 2021"

Le deuxième élément qui nous fait penser que l’impact de la pandémie sur l’économie du bois et de la forêt sera plutôt modéré, c’est justement ce décalage. C’est-à-dire que les ventes de bois qui étaient prévues ces jours-ci, et qui se font en général par des ventes aux enchères organisées dans les différentes communes dans lesquelles les gestionnaires forestiers se regroupent pour faire leurs ventes, eh bien ces ventes seront reportées, mais non pas annulées. Il y aura sans doute un décalage des transactions entre 2020 et 2021, mais en ce qui concerne les groupements de France Valley l’ensemble des ventes de bois prévues dans les budgets de nos forêts était plutôt concentré sur le 2ème semestre, et nous estimons que ces ventes auront lieu.

Quand on observe le marché de manière plus attentive, on note une évolution de la demande du bois par type d’usage, par destination. Typiquement, les constructions sur le territoire étaient en grosse partie à l’arrêt, la demande de bois associée à ce marché ralentit. À l’inverse, tout ce qui est associé au secteur de la logistique, que le Gouvernement défend bec et ongles pour maintenir les livraisons au soutien des besoins de première nécessité connaît une demande soutenue : il en va ainsi du bois de palette notamment, ou encore du cartonnage. L’État tâche de maintenir en place les outils de transformation et l’activité de ce côté-là.

"Sur la valeur des forêts, on pense que les conséquences seront positives"

S’agissant de l’évolution de la valeur du bois, c’est le contraire, c’est-à-dire qu’autant la situation peut avoir un impact négatif, quoique relatif, sur un rendement déjà modeste, autant sur la valeur des forêts, on pense que les conséquences seront positives. Concrètement, de la même manière que toutes les entreprises telles que la nôtre constatent qu’il est désormais essentiel de pouvoir accéder à tout moment à son réseau, à ses données, à ses applications, de pouvoir télétravailler et qu’il s’agit là d’éléments nécessaires et stratégiques, je pense que dans l’épargne beaucoup de personnes vont considérer qu’il est important, aujourd’hui plus que jamais, de détenir des actifs décorrélés. Or quand on y réfléchit il n’y a pas tant d’actifs qui le soient.

Clairement, la forêt fait partie de ce type d’actif, et elle tire son épingle du jeu. À cet égard je suis certain qu’on va connaître un surcroît de la demande (et on commence déjà un peu à l’observer) du côté des investisseurs particuliers, mais aussi de la part d’investisseurs institutionnels.
Or on est dans un univers très limité où le nombre de transactions de forêts telles qu’elles nous intéressent (c’est-à-dire des forêts de production de plus de 50 hectares) est de l’ordre de 250 par an. C’est extrêmement peu : en comparaison, 250 transactions c’est à peu près ce que va faire un réseau d'agences immobilières sur une année. Du fait de cette limitation de l’offre, confrontée à une demande qui augmente, mécaniquement les prix montent. C’est d’ailleurs déjà ce qui se produit depuis 20 ans (avec une hausse de valeur d’en moyenne +3% / an).

On ne garantit pas évidemment que c’est exactement ce qui va arriver à l’avenir, mais compte tenu, par ailleurs, de la demande de bois pour la construction (tendance de fond un peu perturbée actuellement, mais tendance de fond tout de même), de la demande de bois en substitution des produits plastiques, ainsi que du caractère d’atout écologique important de la forêt qui suscite l’intérêt des investisseurs qui font de la compensation-carbone, on a vraiment tous les éléments de nature à nous rassurer sur le fait que le prix à l’hectare des forêts devrait progresser. C’est en tout cas la conviction de France Valley.

 

M. Benoît Gueguen (Vatel Capital) :

D’une manière générale il y a deux choses à souligner : la première, c’est la baisse d’activité que connaît ce marché, puisque pour beaucoup les différents secteurs en France sont aujourd’hui ralentis, sinon arrêtés. La forêt n'est pas épargnée par ce phénomène. A ce titre notre expert forestier avec lequel j’ai échangé un peu plus tôt dans l’après-midi m’a indiqué qu’il ne serait pas possible de retourner travailler dans nos forêts avant le mois de juin. Le martelage (activité consistant au marquage des arbres) qui aurait notamment pu être fait en cette période sera repoussé, ce qui va repousser les coupes de bois, dont une partie ne pourra pas être réalisée cette année.

Cela étant dit, il s’agit plus un décalage dans le temps que d’une perte : la forêt ne craint pas grand-chose en elle-même pour ces prochains mois. Si le travail pratique est repoussé, nous parvenons toujours à maintenir les échanges et à avancer avec nos différents partenaires, experts forestiers, conseillers en gestion de patrimoine, analystes, etc.

"La forêt joue son rôle d'actif décorrélé des marchés financiers"

La deuxième chose concerne la valorisation de l’actif de la forêt : le phénomène actuel de pandémie est trop rapide et trop brusque pour avoir un impact concret sur cet élément. La forêt joue son rôle d’actif décorrélé des marchés financiers et il y a peu de chance qu’elle subisse directement un contrecoup de valorisation. Elle fait office de « valeur refuge », et à cet égard le prix du foncier forestier était déjà ces dernières années en hausse du fait de cette capacité à permettre à l’acheteur de désensibiliser son portefeuille.

Ce phénomène va peut-être s’accélérer dans les prochains mois, avec une demande en hausse sur cet actif, ce qui pourrait se répercuter positivement sur la valeur de la forêt. A court terme (horizon 2020), certains actifs comme l’immobilier-bâti seront peut-être amenés à connaître une baisse de valeur qui ne nous semble pas être de mise sur la forêt.

Pensez-vous que des opportunités s'offriront à vous sur ce marché d'ici quelques mois ?

M. Arnaud Filhol :

Autant sur les opérations prévues il n’y a pas de décalage de notre côté, autant j’imagine volontiers que beaucoup de propriétaires décalent la vente de leurs forêts. Il nous faudra être très attentifs, car à l’issue de la période de confinement il y aura probablement plus de forêts sur le marché qu’il n’y en a d’habitude.

France Valley a construit un réseau national solide d’apporteurs d’affaires auprès de tous les gestionnaires forestiers avec qui on travaille ou avec qui on travaillera peut-être un jour, ce qui nous fait espérer que nous serons bien positionnés sur le flux des offres qui pourraient apparaître.

M. Benoît Gueguen :

Vatel Capital continue de rester vigilant sur le marché de la forêt, et nous avons dans le viseur une nouvelle forêt dont le GFF devrait pouvoir faire l’acquisition d’ici la fin de l’année 2020. La problématique se rencontrera plutôt au niveau des entités qui encadrent les cessions (notaires, SAFER, experts, etc.) dont l’activité est ralentie voire arrêtée aujourd’hui, et qui auront certainement une charge de travail importante à l’issue de cette crise.

L’offre quant à elle va demeurer à son niveau.

En pratique, les GFF sont-ils exposés à un risque de baisse de rendement ou de valorisation ?

M. Arnaud Filhol :

Dans l’ensemble on reste sur un actif assez sécurisé aujourd’hui. À ce jour la situation de nos groupements nous paraît stable, avec des contrats d'approvisionnement qui seront honorés, et des ventes prévues pour l'essentiel au second semestre 2020.

Par ailleurs, rappelons que l'analyse ne vaut, en matière de GFF, que sur du long-terme. À partir du moment où l’on table sur un rendement moyen de +1% par an, il sera peut-être de +0,7 ou +0,8% sur une année, et rattrapé par un +1,3% l’année qui suit par exemple. Apprécié sur 10 ans, le rendement n’est à notre sens pas du tout remis en cause par cette pandémie.

Quant à la valeur des parts, elle pourrait au contraire connaître une pression à la hausse.

M. Benoît Gueguen :

L’impact en question sur le rendement va dépendre de notre capacité à réaliser les coupes en fonction du budget fixé pour 2020. Le GFF Vatel possède cependant des forêts sur lesquelles les coupes devraient pouvoir être réalisées : reste toutefois la question de la date de reprise de l’activité, qui dans certains cas pourrait décaler certaines opérations sur 2021.

Le cas échéant, nous aurions une grosse année 2021 et une année 2020 plus faible, mais dans l’ensemble nous sommes confiants quant à la réalisation d’une bonne partie des coupes et des ventes prévues. Encore une fois, il s’agira toujours d’un décalage et non pas d’une perte sèche : l’arbre ne va pas partir tout seul ! Du coté de la valorisation du GFF nous n'imaginons aucun impact négatif sur la valeur des forêts.

 

 


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